LA PRISE EN CHARGE INTÉGRÉE À L’ÉTRANGER : L’EXEMPLE QUEBECOIS

Depuis de nombreuses années, existent au Québec des dispositifs de soins proposant une prise en charge intégrée pour les patients souffrant d’addictions et de troubles psychiques. Cette prise en charge se définit comme étant « une offre de soin intégrée à la population ayant une problématique complexe démontrant souvent une pauvre observance au traitement et une grande instabilité sur plusieurs plans. L’ensemble de la programmation clinique doit tenter d’aborder de façon simultanée les enjeux rattachés à cette double problématique par le croisement de différentes approches cliniques. »114

L’UNITÉ DE PSYCHIATRIE DE TOXICOMANIES (UNIT) AU CENTRE HOSPITALIER DE L’UNIVERSITÉ DE MONTRÉAL (CHUM)

La situation montréalaise est similaire à d’autres situations urbaines françaises : les systèmes de soins sont le plus souvent agencés de manières traditionnelles, c’est-à-dire par des modèles séquentiels et coordonnés. Ces modèles existants au Québec conviennent à un grand nombre de patients qui alternent d’une clinique spécialisée à l’autre. Il y a également, en miroir avec la situation française, une myriade de dispositifs de soin, de prévention et de proximité de rue qui existent à Montréal et dans la région Montréalaise. Cependant, en parallèle à l’abondance et à la grande diversité de ressources hospitalières et communautaires, certains programmes offrant des services intégrés offrent des prises en charge opérantes et innovantes.

Un programme multidisciplinaire créé en 2008 pour répondre aux besoins multiples des patients présentant une problématique psychiatrique et de toxicomanie a été mise en oeuvre par le Centre Hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM).

Le programme se focalise sur le fonctionnement global et la qualité de vie du patient dans une perspective de suivi à long terme. Une équipe interdisciplinaire de professionnels venant des champs de la toxicomanie et de la psychiatrie contribue aux soins des patients par une variété́ de groupes thérapeutiques ainsi que des interventions individuelles. L’avantage structurel est basé sur le continuum de soins grâce à l’agencement, la coordination et la collaboration étroite entre les urgences, l’unité interne, la clinique externe et les services de consultations. 115

Les objectifs de la prise en charge intégrée du programme sont :

◆ La réduction des conséquences négatives immédiates
◆ Tenir compte de la difficulté des usagers à établir un lien avec le système de santé et leur faible adhésion au traitement
◆ L’attribution d’un intervenant pivot, responsable du dossier de la personne suivie
◆ Un accompagnement global incluant l’aide au logement, l’aide aux activités domestiques, à la gestion des finances, à la recherche d’emploi…
◆ Favoriser les décisions conjointes et partagées avec le patient pour favoriser l’adhésion au traitement. 116

La prise en charge proposée est personnalisée et complexe : « une trajectoire thérapeutique qui s’établit au jour le jour selon son adéquation avec les situations que vit la personne, plutôt qu’en fonction d’un problème de substance ou d’un trouble psychiatrique. » 117

ROND-POINT : UN PROGRAMME NOVATEUR POUR LES PERSONNES VIVANT UN PROBLÈME DE SANTÉ MENTALE GRAVE ET D’ABUS DE SUBSTANCES, SAINT-GEORGES, QUÉBEC

Le programme débuté en 2010 à Saint-Georges, Québec, oeuvre pour favoriser l’intégration sociale et améliorer la qualité de vie de personnes souffrant de troubles mentaux et de conduites addictives. L’équipe pluridisciplinaire a mis en place un encadrement adapté de traitement et de soin de réadaptation. C’est un lieu de vie qui peut accueillir six personnes à la fois avec un hébergement qui dure entre 6 à 18 mois (selon les besoins). L’agencement thérapeutique propose également un suivi continu en externe pour poursuivre le travail amorcé et favoriser le maintien des acquis.

Le programme clinique vise le rétablissement par l’amélioration de la qualité de vie de la personne et cible :

◆ L’engagement au traitement
◆ La reconnaissance des impacts de la consommation sur le problème de santé mentale
◆ La stabilisation de la santé mentale
◆ Les changements concrets (activités de vie domestique et quotidienne, consommation, qualité de vie, amélioration de l’estime de soi)
◆ L’implication de membres de l’entourage tout au long du programme
◆ La prévention de la rechute 118

Afin d’estimer les retombées de la participation au programme Rond-Point sur les usagers admis, une étude menée par deux chercheurs affiliés au Centre de recherche du CISSS 119 de Chaudière-Appalaches montrent :

◆ Une diminution du nombre de visites à l’hôpital en lien avec le trouble psychotique ou de dépendance (nombre et durée des visites aux urgences et des hospitalisations)
◆ Une diminution de la consommation de substances psychoactives
◆ Une diminution de la détresse psychologique
◆ Une augmentation de la qualité de vie et du bien-être psychologique des participants. 120

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Article 3.5 tiré du Guide Repères « Addictions et troubles psychiatriques »
Par : Blanchette-Martin, N., Ferland, F., Genois, R., Plourde, C., Garceau, P., & Dallaire, F.
Basé sur la conférence : « Programme novateur pour les personnes ayant un trouble psychotique et un problème de dépendance : Description et retombées. »
Présentée à la 8e journée nationale de la Fédération Addiction, Paris (France).

114. P.Barabé, A.Jaurun, P.Maisi., Les enjeux cliniques d’un programme intégré pour le traitement des troubles psychotiques et de toxicomanie. Le Partenaire vol. 15, n°3, hiver 2008 aqrp-sm.org/wp-content/uploads/2013/05/partenaire-v15-n3.pdf
115. S. Dubreucq, F. Chanut, D.Jutras-Aswad : Traitement intégré de la comorbidité toxicomanie et santé mentale chez les populations urbaines : la situation montréalaise ; Santé mentale au Québec, Vol 37, Issue 1, Printemps, 2012,
116. Ibid
117. Ibid
118. dependancemontreal.ca/wp-content/uploads/2017/10/03-FFerland.pdf
119. Centres intégrés de santé et de services sociaux
120. www.cisss-ca.gouv.qc.ca/fileadmin/documents/Interligne_Janvier_2018/L_INTERLIGNE_Janvier_2018.pdf

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